J'irai dormir loin de chez vous

     Un départ, ça se prépare. Et c'est peu dire en ce qui concerne un séjour en Antarctique

Plusieurs étapes pour cette préparation:

  1. Ecraser la concurrence: C'est pas que les météorologistes soient très nombreux à être volontaires pour aller s'isoler dans une des régions les plus hostiles au monde, n'empêche, on en trouve quelques-uns des ces curieux qui rêvent de vivre cette expérience. Dans un premier temps la concurrence vous écrase, des collègues sans coeur vous piquent votre place de mec prioritaire (selon vos propres critères hein). Ca dure un temps - 4 ans en ce qui me concerne - et puis un jour c'est vous qui la piétinez cette concurrence, pas de pitié pour ces collègues et leur soi-disant statut de mec prioritaire, et finalement youpi, la DRH de Météo-France (MF) me propose enfin un séjour à DDU.
  2. Patienter: D'abord quelques semaines. Oui parce que la décision de MF est tombée en décembre 2012. Le départ, ça n'est qu'un an plus tard...
  3. Faire croire n'importe quoi aux toubibs: car on n'envoie pas n'importe qui en Terre Adélie. Essentiellement des héros potentiels: Un coeur d'acier, des poumons à vous couper le souffle,Superman 1 des polynucléaires neutrophyles (58.7% 2759/mm3), des transaminases SGOT (17 UI/l) voire SGPT (25 UI/l whouahou) dont vous seriez jaloux si vous saviez ce que c'est, les yeux d'un lynx, les dents d'un requin (naturellement interchangeables lorsqu'elles sont abîmées), un moral à toute épreuve, un sens de la mesure et de la diplomatie,un esprit jovial, social, des capacités d'adaptation hors normes, un penchant naturel pour les initiatives pertinentes bref, il faut un corps d'athlète et une âme de prix Nobel de la paix pour survivre à un séjour antarctique. Ben figurez-vous que les toubibs m'ont pris pour ce héros-là, et ont donné leur feu vert à mon départ.                                                                                                                                                                                                                        
  4. Patienter: Car la décision du service médical tombe en février et le départ ça n'est ...
  5. Hurler sa joie et rouler un gros patin au facteur le jour où vous le recevez ce courrier, celui signé de l'Institut Paul Emile Victor (IPEV) qui vous confirme, noir sur blanc, que vous serez à bord de l'Astrolabe le 3 décembre 2013 pour rejoindre la base Dumont Durville et pour y rester 12 mois.
  6. Patienter: des semaines sans fin et le départ ...
  7. Courir: de stages en formations, pour acquérir les outils nécessaires au super-héros: 
    • Habilitation électrique
    • Climatologie
    • Logiciels et technologies Météo-France
    • Radio-sondage
    • Sondage Ozone
    • Séminaire IPEV
  8. Patienter: mais bon sang c'est kankonpart ? Et d'abord c'est par où qu'on part, et pis c'est comment qu'on part ?
       C'est le 1er décembre que mon avion (le premier en tout cas) décolera de Roissy. Google map m'annonce 18.000 km pour un parcours aérien qui passera par Hong-Kong, par Sydney et qui se terminera à Hobart, capitale de la Tasmanie. Là on prend 5 minutes pour se rafraîchir et on embarque sur le navire affrété par l'IPEV, l'Astrolabe (à l'origine un astrolabe c'est, en quelque sorte, l'ancêtre du GPS). C'est alors le début de 5 jours de navigation et 2700 km de trajet supplémentaire, 5 jours de tangage, de roulage et probablement de vomissage car si les 40èmes sont rugissants, les 50èmes sont hurlants, et les 60èmes pas beaucoup plus gais. Trêve de bavardage, un dessin valant mieux qu'un long discours, je vous conseille de mettre en route la petite animation ci-dessous qui en jette de trop, en plein écran c'est plus joli (touche "Full screen" pour les monoglottes).
     Partir c'est aussi, car je suis un type bien élevé, dire au revoir: Au revoir à quelques collègues météos, au revoir au frère toulousain, au revoir aux amis cévenols, adieu à ma maison (à la terrasse qui regarde les montagnes autour, au feu qui crépite dans la cheminée), au revoir au fiston de Strasbourg, au revoir à la fifille tokyoïte mais alors juste au téléphone, au revoir aux amis alsaciens mais c'est impossible de les voir tous, au revoir à la famille, rochelaise, à la belle-famille, belge, au revoir et à tout de suite à ma chérie carolo, Coralie.
     C'est donc une sucession d'apéros, de restos, d'invitations chez-les-uns-chez-les-autres qui font des moments festifs et toujours très agréables, comme quoi on devrait partir plus souvent. C'est aussi une ribambelle de soirées qui font prendre quelques kilos, comme quoi on devrait certes partir plus souvent, mais quand même pas trop.

     Voilà....25 novembre... Les cantines sont parties depuis longtemps, pleines de fringues de super-héros, de matériel et surtout de quelques denrées dont j'ai peur de manquer.
     Je n'attends plus désormais, je trépigne.
     Hâte de m'envoler et surtout, plus encore, hâte de poser le pied sur cette drôle de planète. Hâte de connaître cette nouvelle famille de pour 1 an (25 personnes qui elles-aussi trouvent le temps long), hâte de vivre cette expérience pas banale.
     J'ai pris soin, pendant ces longs mois d'attente, de ne pas trop fréquenter les sites et autres blogs qui m'en auraient trop dit sur cette aventure à venir, de ne pas trop écouter les anciens, trop forts de leur vécu face à moi ignorant. Mais sans vraiment le vouloir, je suis parfois tombé sur quelques images saisissantes qui me font penser que, quoi qu'il se passe là-bas, je ne pourrai jamais regretter. Voyez par exemple cette animation ci-dessous et prenez-en plein la vue (merci l'IPEV pour ces images).

    Ne vous alarmez pas de mon silence, je n'aurai aucun accès au net avant le 10 décembre. D'ici là n'hésitez pas à me laisser quelques commentaires qui feront vivre ce site.

 

A très bientôt donc.
Et à ceux qui s'inquiètent tout de même pour moi, comme disait le capitaine du bateau ci-dessous...


Tout va bien se passer !