On n’y prête pas trop attention mais à bien y réfléchir, sur cette planète, la nature exprime de mille façons différentes un même évènement, l’arrivée du printemps par exemple. Et comme elle est joueuse, la nature, elle ajoute à tout ça une petite touche de folie, un axe de rotation du globe pas tout à fait catholique, qui fait que quand vous vous réjouissez du retour des beaux jours quelque part en Europe, la sortie des premières jonquilles, les poiriers belges en fleur, et les jupes des filles de plus en plus courtes, moi, à l’envers de la terre, je constate les nuits de plus en plus longues, les températures de plus en plus fraîches, et la banquise chaque jour un peu plus solide. Ici donc pas plus de fleurs au sol que dans les arbres, quant aux filles elles persistent à s’habiller avec les fringues fournies par IPEV dont on peut louer la qualité, mais sûrement pas la touche sexy. Ce qu’on observe ici aux premiers jours de l’automne, c’est le retour de la star oscarisée il y a quelques années, le manchot empereur, celui qui marche.Empereurs devant le glacier

                Les premiers individus ont été repérés fin mars. Ils sont arrivés d’abord par touts petits groupes, mais désormais ce sont des colonnes de 25, 30 ou 50 bestioles qu’on voit progresser, depuis les polynies les plus proches (une vingtaine de kilomètres) jusqu’à l’archipel. La manchotière s’installe en effet à proximité immédiate de DDU, moins d’1 kilomètre, et les étudier ou simplement les observer est extrêmement facile. On peut même faire ça avec 2 côtes cassées qui font toujours mal, c’est vous dire.Empereur05

Les ornithos ont donc commencé leurs manipulations qui consistent notamment à leur insérer sous la peau un « transpondeur », c’est-à-dire une « puce » identique à celles dont sont désormais équipés nos chiens et chats. Ce matériel permettra d’en connaître plus sur le comportement de ces animaux, leurs déplacements etc…

Une petite colonne en approche

                On ne peut pas dire que le manchot revient systématiquement et expressément ici pour participer de bon gré à ces expérimentations. Non.  Son truc à lui, l’empereur, c’est la préservation de l’espèce donc la reproduction et la protection de sa progéniture jusqu’à ce que les petits soient autonomes. L’empereur se reproduit l’hiver, ce qui est peu commun, plus encore dans ces contrées où les températures atteignent alors les -30 degrés. A l’heure où j’écris ces lignes la manchotière compte plus de 2000 individus, mais on est encore loin du compte car au plus fort de la saison ils seront 6 à 7000. Il n’empêche que ça commence à flirter méchamment dans la tribu, tant pis pour les retardataires, et mâles et femelles sont à la recherche du partenaire susceptible d’assurer au mieux la descendance. Je ne manquerai bien évidemment pas, au cours des prochaines semaines, de vous tenir au courant des étapes suivantes, ponte, naissances, première dent etc…

Encore un arrivage

 

La manchotière, encore toute petite

                Ce jour-là il faisait grand beau. Nous venions, Pierre (météo) moi et mes côtes, de faire le tour de la manchotière sans trop de douleurs. Aussi je lui ai proposé de pousser un peu plus loin, jusqu’au Nunatak. Nunatak est un mot d’origine inuit, donc du grand nord, qui s’est exporté jusque dans le grand sud pour désigner un amas de roches qui émerge d’un glacier. Le Nunatak n’est donc finalement qu’un îlot parmi d’autres dans l’archipel, à ceci près tout de même qu’il vous en met plein la vue car installé, comme son nom l’indique, sur l’Astrolabe. L’accès est très facile et de son petit sommet la vue est simplement splendide sur le front chaotique du glacier. Une fois encore on se sent minuscule à une toute petite encablure de ce monstre glacé qui fait des arêtes et des crevasses hautes de plusieurs étages. Le froid y est particulièrement vif et sortir les doigts des moufles pour prendre quelques photos est déjà une petite torture.

Le front du glacier, depuis le nunatak

 

Qui c'est le guignol ?

               

                Il y a désormais un petit train-train qui s’installe sur la base, des petites habitudes qui se mettent en place. Le mardi soir c’est poker sur la table de billard. Le jeudi soir est culturel et après l’exposé de Sépanta sur la Perse (elle est d’origine iranienne), c’est Claire qui s’y est colléehier soir pour nous présenter la marine marchande. Le vendredi soir certains –dont j’ai parfois été– réalisent une émission radio sur « Skuarock, l’onde de choc ». Le samedi soir c’est souvent soirée grenadine, c’est également le soir où on fête les anniversaires de la semaine passée. Le dimanche est quant à lui réservé à la séance cinéma, sur le grand écran du séjour (faut aimer les histoires de dinosaures, on vient de se taper Jurassik Park 1, puis 2, au secours).

Aurore

     Je rajoute à ce petit post 2 photos d’une deuxième belle aurore observée il y a quelques jours et photographiée par Philippe. Elles ont été prises à quelques secondes d'intervalle. C'était pour vous montrer que ce phénomène n'est pas statique, et on voit les lueurs évoluer à l'oeil nu, tels des spots dont l'intensité varierait.

Aurore encore