(publié le 26 octobre 2014)

 

     Ca peut ne pas paraître évident pour qui n’a pas eu la chance de vivre un peu durablement sur l’archipel de pointe géologie: on a beau parler d’1 an « d’hivernage », Il y a dans ce bout d’antarctique 2 saisons très distinctes.

     En tout début de séjour – janvier, février – les températures sont (ont été) relativement clémentes, les tempêtes relativement rares, les journées sont objectivement très longues (au plus fort de l’été il fait jour 24h/24, et par beau temps la réverbération de la neige est telle qu’il est nécessaire de porter des lunettes de soleil à minuit). Et puis – disons par « un caprice des éléments » – la débâcle n’a pas eu lieu cette année, nous laissant à disposition un immense terrain de jeu et de vadrouilles.
Au cours de ces premières semaines, nos balades ont donc été fréquentes, soif que nous avions de fouler la banquise, aller à la rencontre d’une faune unique, soif de découvrir le "grand continent blanc", ce bizarre coin du globe et ses sentinelles, les icebergs.

Vue depuis le continent

     Rapidement cependant l’hiver-de-l’hivernage est arrivé. Avec lui le soleil de plus en plus fainéant, qui à midi se contentait de raser l’horizon ; et puis des températures qui tombaient à -25, puis -30, jusqu’à flirter avec les -35° ; la neige qui tombait, le vent qui soufflait, fort, souvent. Un temps dans lequel se complait peut-être bien l’Inuit de lointaine lignée, mais qui convient très modérément aux héros polaires justes sortis de l’œuf que nous étions en passe de devenir.
          Il aurait alors fallu être tombé sur la tête, ou bien être simplement manchot-empereur, pour envisager de papillonner ne serait-ce qu’à quelques encablures de la base, de son côté chauffée convenablement. En mai, juin, juillet et août nos sorties (les miennes pour sûr) se sont donc limitées à la portion congrue, quelques visites aux autochtones des lieux blottis à la manchotière distante de petites centaines de mètres seulement.

1 vers debarquement

     Enfin, septembre était là. Le soleil qui reprend du poil de la bête (mais on ne saurait lui en vouloir d’hiberner quand les températures étaient si basses) et qui s’écarte enfin de l’horizon. Les journées pas encore sans fin mais tout de même plus agréables. Les tempêtes qui s’éloignent. Il était alors grand temps de s’aérer, profiter des -15/-20° qu’offrait le printemps (et désormais plutôt -10°, la canicule est en marche en ce mois d’octobre) et enfin se dégourdir les jambes, certains lieux encore inexplorés en ligne de mire.

          En ce qui me concerne, et au-delà des courtes visites aux petits de manchots, j’ai profité du retour de belles conditions climatiques pour effectuer 2 balades distantes.

Carte de ces promenades

     La première, en prétextant accompagner les glaciologues dans une de leurs « manips », m’a mené à D3, un peu au dessus de Cap Prud’homme, la première pente un peu rude et surtout glacée du continent. Les crampons sont de rigueur sur cette portion, car à défaut la glissade est sans fin.

Geodesie 3

Nous avons poursuivi pour le plaisir vers Pointe Géodésie, qui hésite entre le statut de Nunatak* et celui d’îlot, bref un amas de rochers à la limite du continent et de la banquise. Le chemin qui y mène (heuuuu, en Antarctique par « chemin » il faut comprendre « ligne droite » hein, car évidemment aucun chemin n’est tracé), ce chemin donc, permet notamment de longer de très belles falaises – forcément de neige et de glace mêlées– et puis aussi d’expérimenter la marche sur patinoire, sans crampons cette fois : quand la neige s’efface, emportée par le vent, elle laisse place à de la glace vive parfois sur des surfaces larges de 500 mètres. Je ne dirais pas qu’on y évolue à l’aise, toutefois on finit par dompter aussi ce terrain-là, en gardant un rythme de marche honnête.

Mer de glace

     La seconde escapade tenait du caprice d’enfant gâté (JE VEUX, Na !), friand que je suis de symboles ridicules, peut-être un petit peu trop obnubilé par la lecture des cartes et des Atlas : Il « fallait » que je marche sur le Cercle Polaire Antarctique, qui mérite autant ses lettres majuscules que l’Equateur. En fin de cet article je vous donne une petite explication de ce qu’est ce Cercle. Sachez d’ores et déjà, pour les quelques-uns qui l’ignorent que c’est, sur vos atlas, la ligne traditionnellement pointillée qui entoure le globe, parallèlement à l’Equateur, mais très en dessous. Très grossièrement, il (le cercle) entoure le continent, vous le repèrerez facilement sur une carte de l’Antarctique.

Devant bo berg 4
           Le but de la balade consistait, vous l’avez compris, à savoir une bonne fois pour toute si cette ligne est effectivement marquée par des pointillés. Et puis aussi elle permettrait de pouvoir dire « j’y étais ! », je vous ai prévenus de ma facilité à sombrer parfois dans le ridicule. Nous sommes donc partis à quelques intrépides par une belle journée, pleine de soleil et vide de vent, pour cette petite randonnée de 28 km tout de même. Elle nous a permis de doubler quelques très beaux bergs prisonniers de la mer gelée.

Devant bo berg 5

Et puis, finalement, de nous apercevoir que la ligne du cercle est effectivement tracée en pointillés, mais seulement depuis que nous y sommes passés, et au vin rouge s’il vous plait ! (que les puristes se rassurent, nous avons utilisé pour ce traçage une infâme piquette australienne et c’est rendre service aux futurs hivernants que de vider ce genre de stock avant leur arrivée).

Cercle polaire vin 1 Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la ligne pointillée n'est pas forcément droite.
C'est la fatigue qui explique le titubage, j'imagine...

 


     Après avoir pris les photos obligées (« j’y étais, youpiiii, j’y étais, regarde nan mais regaaaarde, j’ai même la preuve en photo ! »), nous étions encore tout fringants malgré le terrain difficile (la banquise faisait alors comme des « marches » qu’il faut sans cesse monter, descendre, monter, descendre, c’est usant, on appelle ces marches des « sastrugi », dont le singulier est « sastruga », on s’instruit drôlement sur ce site). Plutôt que de rentrer par la même ligne toujours aussi droite, nous avons fait un petit détour par le « rocher du débarquement », premier îlot antarctique où l’homme – en l’occurrence Dumont d’Urville – a posé les pieds, en 1840.
L’Histoire, cette ingrate, ne retiendra pas que Didier suivit les mêmes traces en 2014.

 

2 vers debarquement 1

 

 

 

* Un nunatak est une montagne ou piton rocheux s'élevant au-dessus de la glace des inlandsis ou des calottes glaciaires (Source Wikipédia).

 

 

 Le Cercle Polaire Antarctique:

          Le Cercle Polaire Antarctique est défini par l’inclinaison qui existe entre l’axe de rotation de la terre sur elle-même et l’axe de rotation de la Terre autour du Soleil. Comme je vous sens dubitatif, sachez que quand on se situe entre le Cercle Polaire Antarctique et le Pôle Sud il devient possible d’observer le soleil de minuit en été. Il devient également possible, en hiver, d’observer une journée sans que le soleil ne se lève (un peu comme en Alsace et en Belgique, mais ceci est une plaisanterie évidemment, je ne voudrais pas vous embrouiller plus). Le Cercle Polaire Antarctique fait le tour du globe par 66°33’44’’ de latitude Sud. Il possède évidemment son frère jumeau, le Cercle Polaire Arctique situé dans l’hémisphère nord, par 66°33’44’’ de latitude nord. J’imagine que les explications seront plus claires sur Wikipédia.

 

 

La réserve

Les citernes posées dans la pente de D3, en attente d'un départ pour le ravitaillement en fuel de la base de Concordia.

 

 

En route

En route pour le cap Géodésie

 

 

Geodesie 20Cap Odile

 

 

Geodesie 21

 

 

C'est beau non ?Ca roucoule à Cap Géodésie

 

 

 

 

 

Lat lonJ'y étais !!!

 

 

Devant bo bergParfois on se sent tout petit

 

 

 

Cercle polaire hivernantsLes z'escapadeurs z'hivernants z'épuisés vous dessinent le Cercle Polaire z'Antarctique

 

 

 

 

 

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