(Posté le 12 août 2014)   

 

     Dans la famille Adélien, il y a ceux qui se la jouent héros polaire en restant sur place pendant un minimum de 12 mois et qui en mettent plein les yeux de leurs amis en écrivant un blog. Et puis il y a les autres, plus discrets mais pas forcément plus bêtes. Ceux-là ont choisi de ne séjourner en Antarctique que le temps de l'été, histoire de bien en profiter, de tâter le terrain, y faire quelques travaux et puis, dès que la bise fut venue, vite aller voir ailleurs, de préférence sous les tropiques.

Dans le genre, je vous présente Elsa:

                                                

  • Bonjour Elsa.
    Tu as séjourné 4 mois à DDU l'été dernier. A quel titre es-tu venue ici ?

 Holidays under ice     J'étais en charge du programme REVOLTA (pour Ressources Écologiques et Valorisation par un Observatoire à Long terme en Terre Adélie). Il est aussi surnommé le programme des « pêcheurs ». Son but est d’étudier et de recenser la faune marine autour de l’île des Pétrels (l'île sur laquelle est située DDU). Mais attention pas l'ensemble de la faune marine: Le programme est spécialisé dans la faune benthique (benthi-OUOI ? Benthiques= espèces qui vivent fixées sur le sol ou qui se déplacent en rasant les fonds marins). Pendant la campagne d’été nous nous sommes aussi intéressés à l’étude des réseaux trophiques sous marins (= les chaînes alimentaires).

          Le programme va encore plus en profondeur (ah, ah) puisqu’une partie est dédiée à l’étude des réarrangements chromosomiques chez les notothénioïdes (= poissons des glaces).

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Ah...
           Euh, il faut avoir fait quel genre d'études pour réussir à prononcer ces mots savants sans les écorcher ?

      J'ai obtenu une licence « biologie » à Lyon puis un Master1 « écologie » à Toulouse et enfin un Master2 en « Ingénierie écologique » à Montpellier.  (C'est à ce dernier stade que j'ai également étudié la chimie de la grenadine, dont la maitrise est un atout à DDU).

 

 

  • Venir en Antarctique c'était un rêve de petite fille ou bien cela t'est-il tombé dessus par hasard ?

      En première année de licence, à l’occasion de l’année polaire internationale, j’ai rencontré une scientifique qui revenait de DDU. Les yeux grands écarquillés et les oreilles à l’affût je l’ai écoutée parler de son expérience. J’étais bouche bée puis pleine d’ambition quand elle a précisé qu’il était possible aux jeunes diplômés de se rendre également là bas comme VSC. Depuis cette rencontre je me suis promise de vivre cette expérience DDUienne. J’ai eu de la chance d’être sélectionnée pour ce programme qui, cerise sur le gâteau, me permettait aussi de plonger.

 

My favorite dish: fish

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La pêche se fait aussi à la ligne

  
 

  • Au quotidien, à DDU, en quoi consistait ton travail ?

      Il y avait 2 phases bien distinctes:

           En premier lieu le travail sur le terrain: On ne va pas se le cacher, en Antarctique, c’est la partie la plus fun ! Elle consiste à trouver des failles dans la banquise (quand il n'y a  pas de débâcle comme c'était le cas l'été dernier) pour y poser des filets et des nasses. Les sessions de pêche à la ligne sont aussi à l’honneur. Cette année la partie de terrain impliquait également des plongées sous la glace.

 

Casser des cailloux à Cayenne
Mais avant d’y arriver, il faut d’abord la casser, la glace !

 

 

Elsa à la manoeuvre

 

          Ensuite le travail en laboratoire: C'est là qu'on quitte les fringues de héros polaire pour enfiler la blouse blanche et les gants en latex. Il s’agit de prélever et de conserver les tissus des poissons ou invertébrés récoltés sur le terrain. Le labo est également équipé de tout le matériel nécessaire pour réaliser des préparations chromosomiques. C’est quand même fou d’arriver à observer les chromosomes des poissons ramenés le matin même (enfin pour moi en tous les cas) !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Relève de filet avec Thibaut, l’hivernant « pêcheur » de la 63.

 

 

 

 

 

Trou de pêche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Déploiement du filet trémail

 

  • C'était ta première expérience de plongée sous la glace ? Faut-il avoir une petite case en moins pour plonger en Antarctique, dans une eau à 1° ?

     Oui c’était ma première fois sous la glace. Il faut avoir une case en moins pour venir en Antarctique tout court, alors, tant qu’à y être pourquoi ne pas aller voir sous la banquise ? En tout cas dès que j’ai su que le programme comportait une partie plongée j’étais intenable, c’est unique comme expérience ! Et pour la petite histoire l’eau n’est pas à 1°C, elle est à -1.8°C…

 
 

  • N'y a-t-il pas un côté angoissant à plonger sous une croûte incassable de glace ? Tu ne te sentais pas un peu enfermée là-dessous ?

     Les plongées devaient normalement se faire en eau libre. Mais c’était sans compter sur les caprices de miss banquise. Du coup on a dû creuser nos trous et plonger sous banquise. Je ne m’étais pas préparée à ce scénario, j’ai mis quelques plongées avant de me sentir bien à mon aise… Mais la visibilité sous l’eau était incroyable et je gardais toujours un œil sur l’ouverture.

 Elsa f

 

 

  • Et puis y'a pas des grosses bêbêttes dangereuses dans ces eaux ?

     Lorsque la débâcle a lieu, les orques et les léopards de mer s’approchent de la base pour croquer du manchot. Mais là, il était très peu probable d’en croiser… ouf.

 La bébête
Un indice : Le léopard, ce n’est pas celui à gauche

 

  • A la suite de ton séjour à DDU, tu as migré en Nouvelle-Calédonie dont je connais un peu les fonds sous-marins pour avoir habité là-bas pendant 5 ans. Tu n'espères tout de même pas nous faire croire que tu regrettes tes plongées polaires ?

     C’est sûr que ce sont deux mondes bien distincts et donc incomparables. Il y a tout de même une chose que je ne regrette pas du tout : la phase de préparation avant les plongées ! A DDU il fallait compter entre 30 et 45 min pour s’équiper (enfiler la sous-couche polaire, les chaussons, les cagoules, la combinaison étanche et les gants) et l’équipement était louuuurd.
          Ici, le plus long, c’est de se tartiner de crème solaire.

Mais ici, à la sortie de l’eau on est rarement accueilli par des manchots curieux.

 Héroïne polaire

 

 

 

  • Toi qui as désormais le recul que nous n'avons pas ici, comment vois-tu, 6 mois plus tard, cette expérience antarctique ?

      Avant DDU j’avais envie de voyages et de découvertes, après DDU j’ai encore plus envie de voyages et de découvertes. Cette expérience ouvre toutes les portes ! Au sens figuré mais aussi au sens propre ; car, petite anecdote perso, en arrivant à Nouméa et en quête d’un logement, je suis tombée sur un ancien hivernant de DDU de la TA 59 qui a bien voulu m’héberger !

 

 

 

     Comme vous le voyez Elsa est une jeune femme qui a la tête sur les épaules (tant qu’elle ne croise pas trop de léopards sous les mers). Et effectivement, on peut lui souhaiter que ces belles expériences peu communes (l’Antarctique puis la Nouvelle-Calédonie) lui ouvrent en grand les portes d’une carrière qui s’annonce prometteuse. Moi, ces jeunes qui rêvent leur vie à travers le voyage, ça me file la pêche ! (ah, ah)
          Bon Elsa, après cette mauvaise blague, on se revoit quand même avec toute la TA64 pour fêter la Mid65, en métropole ?

 

 (Toutes les photos m’ont été transmises par Elsa, car je suis pas du genre à me baigner dans la région)