(publié le 8 septembre 2014)

 

     Il s’appelle Julien, et on ne peut pas se vanter d’avoir fait preuve d’une grande originalité en l’affublant du sobriquet évident : Juju.

Juju ne nous en veut pas et reste, après 9 mois d’isolement dans les glaces antarctiques, un hivernant agréable et souriant. Pas le genre à être mal embouché.

Allons le trouver dans son atelier.

 

  • Hey ! salut Juju !
    Se la «couler douce» c’est la moindre des choses pour un plombier. Mais là tu ne trouves pas que tu exagères ?
    Qu’à tu as dire pour ta défense, en quoi consiste ton métier ici à DDU ?

     Le métier consiste à fournir du chauffage ainsi que de l’eau chaude pour la base. 

Cela regroupe deux parties, d’une part des opérations de maintenance et d’entretien sur les chaudières et tuyaux, d’autre part la réalisation de travaux lors de la création de nouveaux bâtiments par exemple.

Par exemple mon prochain chantier important consistera en l’installation d’une sous-station pour permettre le chauffage de la salle de sport, installée dans un nouveau bâtiment (pour la petite histoire actuellement la température dans cette salle ne dépasse que très rarement les +5° (-6° hier matin !!!) et il faut donc se faire violence pour s’installer au rameur ou soulever quelques poids NDR).

 Juju 1
Juju les bons tuyaux

 

  • Ici, à DDU, petit pays perdu sur la banquise, tu fournis aussi du froid. Cela dénote un certain sens de l’humour grinçant. A minima, tu dois quelques explications aux français qui apprennent aujourd’hui que leurs impôts servent à produire du froid en Antarctique.

     Exact, en été les températures sont parfois positives (entre 0 et 5° C), cela n’est alors pas suffisant pour conserver les aliments.
Par ailleurs, les glaciologues ont aussi besoin de températures négatives (-20°c) pour la conservation de leurs échantillons de  glace, c’est pourquoi il y a 4 chambres froides négatives sur la base.

Un de mes travaux importants a d’ailleurs consisté à installer un groupe froid neuf, en remplacement d’un modèle vétuste.

 

  • Par rapport au métier de plombier/chauffagiste que tu pourrais exercer en France, tu te sens plus ou moins libre ici ? Et les conditions de travail sont-elles plutôt meilleures ou plus difficiles ? Au final c’est très différent ?

     Oui ici c’est très différent, on vit sur notre lieu de travail, c’est difficilement comparable, je dirais qu’on est quand même plus libre.

 Vue depuis l'atelier
La fenêtre de l'atelier de Juju: vue sur le glacier. Y'a pire

 

  • J’ai le souvenir d’hivers très rudes en France (1985 et 1986 notamment) au cours desquels les tuyauteries avaient éclaté de partout. Ici il me semble que la plomberie résiste au gel alors que les températures frôlent ou dépassent  les -30°. Juju, dis-nous ton secret.

     En fait la plomberie ne résiste pas plus au gel qu'en France. Si les tuyaux gelaient alors ils seraient bouchés  et aussi probablement éclatés. 

Afin d’éviter cela, plusieurs méthodes sont employées : les tuyaux sont d’une part enveloppés d’un fluide caloporteur suffisamment chaud (de la saumure), d’autre part il n’y a aucun bras mort, l’eau est constamment en mouvement dans les tuyaux.

 

  • Il y a des jeunes intéressés par les filières à suivre pour un jour pouvoir travailler sur ce continent. Plombier/chauffagiste, c’est clairement une piste. Peux-tu nous parler de ton parcours d’avant DDU ? Tes études, tes premières expériences professionnelles…

     J’ai un BTS fluides Energies (Bac + 2 NDR), ensuite j’ai travaillé pendant 6 ans en tant que technicien d’exploitation dans une société de maintenance d’énergie.

J’ai effectué des travaux de dépannage et maintenance dans des hôpitaux, piscines, patinoires, bureaux et chauffage urbain, en Savoie et Haute Savoie.

Cela concerne le chauffage, la climatisation et le traitement d’air.

 

  • Quelle était  ta motivation à t’exiler en Antarctique pour un an ? Tu y pensais depuis longtemps ?

      J’ai une attirance naturelle pour les milieux isolés. J’ai toujours voulu venir ici.

 

  • Même si ça n’était pas le but recherché, penses-tu que ton expérience antarctique sera un vrai plus sur ton CV, et la recherche d’un futur emploi ?

      Je pense que c’est un plus en effet, c’est une expérience enrichissante.

 

  • A propos de futur emploi, tu as des projets précis pour le retour ? On trouve facilement du boulot dans ta branche ou bien tu t’attends à galérer un peu ?

     Je vais travailler chez mon ancien employeur, car il a accepté que je prenne du congé sans solde. Par ailleurs il y a beaucoup de boulot dans ce domaine.

 Juju
Juju ne tarit pas d'éloges sur sa grosse clé à molette

 

  • Voici plus de 9 mois que nous vivons isolés des joyeusetés du monde. Est-ce que ça t’es déjà arrivé de trouver le temps long ici ?

     Non

 

  • Tu pourrais me citer un truc qui te manque vraiment ici ? Et un truc dont tu penses qu’il  te manquera quand tu seras rentré ?

      Ici ce qui me manque vraiment c’est l’absence totale de verdure (alors là on est bien d’accord Juju NDR). En France ce qui va sans doute me manquer ce sera l’esprit de camaraderie qui règne ici.

 

  • Je devine que ce séjour antarctique restera pour toi une belle tranche de vie, au moins humaine. Pour autant, serais-tu prêt à retenter l’expérience ?

     Je ne sais pas… je ne pense pas.

 

 

                Comme vous le voyez, Juju n’est pas forcément le plus causant sur la base. Mais on ne lui en tiendra pas rigueur car au-delà de ses compétences professionnelles, il possède une grande qualité (dont certains feraient bien de s’inspirer) : quand lui et moi jouons aux échecs, il a le bon goût de perdre systématiquement.

                Merci pour tout ça Juju.

 

 

 

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