(publié le 19 novembre 2014)

Les réponses aux questions que vous m'avez posées en Octobre:

 

  • Où en sont les réserves de fuel et de bouffe?
    De Church, qui sait aller à l’essentiel car effectivement dans ces contrées polaires, l’essentiel reste la survie.

             C’est effectivement le moment de faire le point : R0 est terminée. Au moment où je vous écris l’Astrolabe est à 225 km de la base, sur le chemin du retour vers Hobart. Très peu de produits alimentaires ont été débarqués au cours de son escale à l’exception très notable des produits frais dont je vous ai déjà parlé (salades, tomates, avocats, oignons, oranges, bananes, kiwis etc…) et qui font tant de bien aux hivernants sevrés depuis des mois.

La priorité a été donnée au déchargement du fuel, indispensable à la bonne marche des bases DDU et Concordia. L’Astro n’ayant pu approcher à moins de 71 km (because banquise trop épaisse) un peu plus de 300.000 litres ont été débarqués sur la banquise, grosso-modo à mi-chemin de leur destination : le Cap Prud’homme. Si cette destination provisoire a été choisie c’est que sa destination finale est Concordia, jugée prioritaire sur DDU (ça devient parait-il critique là-bas question réserves. Les « raids » à destination de Concordia partent de Prud’homme située à 5km de DDU). Le fuel est stocké sur la banquise dans des « bâches » de 14.000 litres qui elles-mêmes sont et seront rapatriées dans les jours qui viennent par des tracteurs. Puisque les opérations ont déjà commencé, environ 200.000 litres stagnent encore à 40 km d’ici, sur la mer gelée. J’ai l’impression de vous avoir fait un dessin, mais je vais être plus clair : Si la banquise venait à se fracasser, ça ferait autant de fuel qui partirait à la mer, en pleine zone antarctique, nul doute qu’on deviendrait très célèbres dans le monde entier.

            Bon… Il faut relativiser le risque : nous approchons désormais de la période estivale et ça se ressent vraiment. Les tempêtes, susceptibles de casser la glace, deviennent très rares. D’autre part la banquise parait très solide, avec souvent plus de 2 mètres d’épaisseur. Toujours est-il que l’urgence est désormais de rapatrier tout ce carburant sur la terre ferme, dans les cuves had-hoc.

 

Le fuel c est la vie
Le fuel, attendu comme le messie, arrive dans ces bâches oblongues

 

            Oups, j’allais oublier. Avec l’Astro, certains « techniques » ont débarqué. Des habitués, que nous avions déjà côtoyés l’été dernier et qui vont rester ici quelques semaines. Ce soir, donc, apéro de bienvenue.

 

 

  • Salut Arnaud, (…) nous nous sommes mariés le 27/09, et t'ai envoyé une photo. Gros bisous d'Alain et Marie-Lou Soulary.

      A Monsieur & Madame Soulary : Bon ben meilleurs vœux hein.
A tous les autres : Vous ne savez pas qui sont M. et Mme Soulary ? Ben moi non plus ! Mais de toute évidence ils se sont mariés récemment

 

 

  • Après ces vacances je t'attends de pied ferme pour bosser dans la maison de Marsilly (fais un peu de muscu.)
    De mon frère Hervé

et

  • (…) pour la grosse tête sur les photos je sais pas, par contre pour le gros bide, woua !, va-y avoir de la reprise à faire ! Vivement la bonne tourista de rentrée ! Ils ont pas réparé le chauffage de la salle de gym ?
    De ma sœur Marie-Christine

     Ah ben aussi faut pas que j’attende de miracle venant de la famille hein. Ce qui l’inquiète - ma famille - c’est pas le syndrome de l’hivernant qui menace, le scorbut qui rôde, ou ma santé (qui pourrait être) chancelante, nan-nan. Par contre il faut absolument que je rentre en forme pour aider à re-construire une maison, remuer du ciment et des briques. Pis si je pouvais revenir avec les abdos de rêve ce serait pas mal non plus.

           Ben justement je n’ai pas pris un gramme même si c’était parfois une torture de se retenir de manger plus. Les mauvaises langues diront que je reviens donc avec les mêmes réserves au niveau des hanches. C’est pas faux.

     Quant à la salle de sport j’ai laissé tomber, comme la grosse majorité des hivernants, au cours du mois d’août. A cette époque il ne faisait jamais plus de 0 degré dans la salle et parfois -5°, avec un record à -8°. Sachez qu’à +20° il faut déjà que je me fasse ultra-violence pour fréquenter ce genre d’endroit, donc imaginez à des températures négatives. Moi qui me cherchais chaque jour de bonnes excuses pour ne plus pédaler comme un dingue ou ramer comme un frapadingue, ben là les excuses étaient toutes trouvées.

 

 

  • Enfin quelqu'un qui parle du vortex polaire ! Peux-tu trouver quelqu'un sur DDU qui pourrait m'expliquer les phénomènes perceptibles en Antarctique dus au vortex ?
    De Valérie, qui ferait mieux de se mettre à la grenadine, ça repose.

     « Les réactions chimiques associées au vortex polaire antarctique ont causé une forte chute de la concentration en ozone. Le mécanisme suivant en est l'origine : l'acide nitrique contenu dans les nuages stratosphériques réagit avec les composés d'aérosols formant ainsi du chlore ce qui a pour effet de catalyser la destruction photochimique de l'ozone » (Wikipédia).
     Je tiens à garder mes lecteurs Val ! Aussi si tu veux bien on va en rester là.

 

  • Question pratique, le téléphone fonctionne-t-il à ces températures ?
    De Philou, qui a remarqué que je ne l’ai pas beaucoup appelé cette année.

      Ici il n’y a pas à proprement parler de téléphones portables. Quelques personnes ont des DECT, essentiellement les 3-4 personnes importantes de la base (et aussi Thibaud notre informaticien, ouarf-ouarf, j’ai pas pu m’en empêcher Thiboul). Vous avez l’équivalent à la maison et ils ne sont pas vraiment faits pour se balader dehors. Par contre on ne sort jamais en balade sans les radios (genre talkies-walkies) qui ont une portée relativement importante, disons une vingtaine de kilomètres si il n’y a pas d’obstacle. Elles permettent de donner régulièrement signe de vie pendant les sorties ou bien d’appeler à l’aide en cas de pépin. Sinon il y a un réseau interne de téléphonie, chaque bureau et chaque chambre sont équipés, ça permet de trouver un ami en cas de cafard.

 

  • Y’a-t-il moyen Didier, que tu restes encore quelques mois ?
    De Claire, belge qui affiche son humour belge

et

  • je suggère que tu restes un an de plus pour nous faire profiter de tes glaciales histoires.
    De Philou, français qui s’essaye à l’humour belge

     Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, certains (les ornithos) vont rester 16 mois ici, et c’est le maximum. En ce qui me concerne le séjour aura duré 12 mois (et un mois de plus pour le trajet aller-retour). 12 mois ce n’est pas forcément énorme pour découvrir un pays, mais la Terre Adélie n’en est pas vraiment un. Il y a certes 2 saisons bien distinctes (en termes de luminosité, de climat mais aussi de populations animales présentes ou d’activité humaine), il n’empêche que le paysage aura été particulièrement figé en cette année de non-débâcle. Et dans nos balades nous sommes limités par ce que savent parcourir nos jambes en moins de 24 heures. Le rayon « d’action » est donc forcément restreint. J’ai donc finalement l’impression d’avoir fait le tour de cette expérience.
            Et puis surtout, surtout, ma chérie m’attend le 27 décembre en Tasmanie et elle estime avoir assez patienté.

 

  • Il reste quoi sur la liste ? Kerguelen, c'est fait; Pôle sud, c'est fait aussi. L'observatoire de l'Annapurna peut-être ?
    De Loulou qui de toute évidence ne tient pas à me voir passer chez elle dans le Sundgau, trou du cul de l’Alsace

     Puisque le retour est déjà dans les têtes, et en particulier dans la mienne, j’ai demandé une mutation un brin différente pour la suite : Mayotte ! Ah ben oui parce que la glace, la neige et les pingouins j’en ai clairement ras la casquette (je rappelle qu’avant DDU j’ai bossé 15 ans au mont Aigoual où, mis à part peut-être les pingouins, il y a aussi tout ce qu’il faut en terme d’emm… hivernal). Mon avenir sera fait de sable chaud, de cocotiers, et de tout un tas de bleus différents pour colorer la mer.
           J’aurai la réponse à cette demande fin novembre et si elle est négative, t’inquiète pas Loulou, j’ai un plan B, lui aussi planté de cocotiers.

 

  • Carlota se demande si tu as croisé un ours polaire ?
    De Guillaume, papa de la petite Carlota qui vit en Californie.

      Très chère Carlota. Les ours polaires ne vivent qu’à proximité du pôle nord (tout en haut) et pas du tout au pôle sud (tout en bas, Papa va t’expliquer ça avec un globe terrestre hein dis papa ?). Ca peut paraître paradoxal, mais la Californie étant beaucoup plus proche du pôle nord que DDU, tu as plus de chances de croiser un ours polaire que moi (il semble toutefois qu’ils restent très discrets à San Diego).
             Pour répondre complètement à ta question, je pense qu’un ours polaire serait très heureux ici. C’est plein de phoques très à son goût probablement, je ne te parle même pas des manchots Adélie si bons à croquer, ils sont désormais près de 50.000 couples dans le coin.

             Mais la nature a ses raisons que la raison ignore (j’ai arrêté la salle de gym mais je me suis mis à la philosophie et au plagiat). Et si la nature a mis les ours polaires au pôle nord, c’est probablement pour une bonne raison qui m’échappe.

 

Couple

 

 

Gros plan