Je vous racontais il y a 2 jours dans ce flash aglagla les températures extrêmes que nous avons rencontrées en ce début du mois de juin. Il y a évidemment une situation météo qui explique en partie ces records. Mais il y a aussi une histoire de saison et donc d’astronomie. Vous le savez  et si vous ne le savez pas vous me le copierez 100 fois – les saisons sont inversées entre les hémisphères nord et sud, autant dire entre vous (européens) et nous (antarcticiens ? antarctiquois ?). Et si le soleil est au plus bas de l’horizon le 21 décembre entre France et Belgique, il l’est en ce qui nous concerne le 21 juin, ce qui explique (je retombe sur mes pattes) la chute des températures en Adélie.

                Sur le sublissime montage-photo ci-dessous (mon œuvre, donc on ne se moque pas svp) vous vous rendrez compte de la hauteur du soleil à l’horizon tout au long de la journée du 7 juin, il y a donc 2 jours. Sur la droite, la position du soleil juste avant son lever et à l’extrême gauche sa position juste après son coucher (cette photo se « lit » donc de droite à gauche). Et puisque le solstice a lieu le 21 juin, sachez que ça ne va faire qu’empirer pendant les 2 semaines qui viennent.

Amis moqueurs, vous rigolerez moins le 21 décembre, lorsque je serai obligé de porter des lunettes de soleil à minuit (véridique !) pendant que vous préparerez votre énième réveillon dans le froid et sous la neige.

 Soleil fainéant

 

 

     Puisque nous sommes dans les sujets polaires, je vous fais un petit point sur l’état de la banquise. En résumé : on est dans de beaux draps !
         Sur la photo ci-dessous vous remarquerez que la mer libre (la plage) est à 189 km. J’ai donc laissé tomber toute idée de fuite à pieds ou de tunnel à creuser. Les manchots doivent quant à eux parcourir à minima 21km à pattes (bord de la polynie) avant de pouvoir se mettre à l’eau (si tant est que la polynie soit assez grande pour contenir les ressources nécessaires à leur survie). Cette photo datant d’un gros mois, et les températures étant ce qu’elles sont, on est en droit de supposer que rien ne s’est arrangé depuis.

 La banquise le 2 mai

 

 

     Températures extrêmement basse, absence du soleil, zéro espoir d’évacuation en cas de pépin - sans même vous parler du niveau de grenadine qui baisse inexorablement dans la bouteille - tous les ingrédients sont là pour sombrer dans une bonne dépression. C’est donc le moment de vous parler du « syndrome mental d’hivernage » qui touche peu ou prou tous les hivernants.
         Ce qui suit est issu de l’ouvrage « Pathologie de l’isolement et du confinement », chapitre « les hivernages polaires ». On y apprend que le syndrome touche en priorité les « sujets frustes », autant dire que je suis en première ligne, une cible de choix. Il peut se manifester notamment sous la forme de « bouffée délirante polymorphe » (boudiou !), de « réactions pseudo-maniaques » (oufti !), et   « d’accès psychotiques schizophréniformes » (arghhhh !). En des termes plus compréhensibles, voici ce que je lis (ce que je vis ???).
En vrac :

  • Tendance au repli sur soi
  • Manque de confiance en soi
  • Ruminations mentales obsédantes
  • Méfiance
  • Agressivité contre le groupe
  • Troubles du transit
  • Spasmes digestifs
  • Anorexie
  • Céphalées
  • Douleurs musculo-articulaires
  • Troubles du sommeil
  • Irritabilité
  • Affaiblissement de la mémoire
  • Animosité
  • Perte d’intérêt pour le travail (mais là ok, ça fait 30 ans que j’ai développé ce symptôme)

 

J’ai dû en oublier.
     Le problème de ce genre d’ouvrage, c’est que rien que sa lecture vous met dans un état d’angoisse aigüe. Aujourd’hui par exemple je me suis retrouvé volontairement seul dans ma chambre entre 14h30 et 15h10. Est-ce un début de « tendance au repli sur soi » ? Le fait de poser la question dénote-t-il un « manque de confiance en soi » ? Voilà que je "rumine", est-ce le début du mettage de doigt dans l’engrenage ?

         J’ai heureusement gardé la seule note optimiste du bouquin pour la fin : « Le syndrome mental de l’hivernage  disparaît curieusement vite » au retour. Ouf, nous voilà tous rassurés.
          Plus sérieusement, l’immense majorité des hivernants ne sont touchés que par des formes extrêmement légères du syndrome, re-ouf.

 

 

     Et puis je ne voudrais pas mettre à mal cette étude mais j’ai personnellement observé ici certains symptômes très différents.
Et vous, vous en pensez quoi ?

6 mois

 

 

 

 

 

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