10 décembre 2014.

     A l'heure où j'écris ces lignes l'Astrolabe se trouve à 500 km de DDU (pour rappel son port de départ, Hobart, en Tasmanie, est à 2700 km). Si tout se passe bien, c'est à dire s'il n'est pas freiné par le pack dérivant, il devrait s'amarrer sur la banquise demain et très vite débarquer ses passagers, nos successeurs (Vous pouvez désormais suivre la progression de l'Astrolabe en cliquant sur "Position de l'Astro" du menu horizontal).

     R1 signe donc bien la fin de notre hivernage (mais pas des articles !).

           Nous serons alors environ 80 personnes sur la base et la « passation » entre la TA64 et la TA65 pourra débuter. Chaque service se devra d'initier l'équipe qui prendra très bientôt la relève. Et cela commencera dès le lendemain de l'arrivée des nouveaux hivernants, par la visite guidée de DDU: « Alors au fond là, le truc juste énorme, c'est le continent antarctique, plus à gauche admirez le glacier « Astrolabe », pivotez encore et admirez les îlots dont certains sont cachés par les bergs. Çui-là c'est « dragon », çui-là « cinéberg »,Adelieslà vous avez « choux-fleur », oups trop tard jeune homme vous venez d'écraser un oeuf de Skua, soyez plus prudent avec la colonie de manchots Adélie, tout là-bas en contrebas vous apercevez la manchotière d'empereurs, ici un plombier, là un menuisier, attention pas de mouvements sur les passerelles pendant le passage de l'hélico svp, nous voici à la centrale et je vous présente le second centrale, oui oui c'est une femme mais on dit quand même LE second central, tiens voilà le MéPré qui discute avec les glacios, non non à cette heure-ci du matin on ne croisera pas géophy car il... travaille très très tard le soir, attention en traversant, le mécano est en train de manoeuvrer, n'oubliez surtout pas la courbette devant son Altesse-le-Dista64 accompagné de sa sainteté-le-Dista65 (donc 2 courbettes), et juste derrière Nono le cuistot, pousse-toi Nono bon sang, voici Victor le pateux, et le type à côté avec les doigts dans le Nutella c'est le magné-sismo, ah ben oui l'odeur qui vient là, faudra vous habituer, c'est les ornithos qui reviennent des manchotières, n'ayez surtout pas peur de la fille bizarre, la Lidar qui manie son sabre laser vert, d'ailleurs le toubib la surveille de près, et enfin, enfin (!) nous voici dans le bureau météo, ouf 11h45, vous prendrez bien une grenadine ? ».
          La transmission de nos « savoirs » pourra alors débuter l'après-midi.

     R1 c'est aussi une période pendant laquelle il faudra réapprendre à partager sa chambre avec un autre hivernant, ce sera plein-plein de monde au réfectoire, le brouhaha, (80 personnes ! Quasiment Auchan le samedi après-midi quoi !) .Et puis j'imagine aussi, un peu plus tard, nos dernières soirées antarctiques au cours desquelles j'en suis sûr ceux de la 64 se regrouperont pour mieux se protéger de ces envahisseurs qui ont de toute façon partie gagnée: 8 jours plus tard nous embarquerons sur l'Astro, direction la civilisation.

 Photo satellite

     Je m'avance évidemment un petit peu sur le timing là, car notre départ sera très tributaire des conditions météos (on n'a pas fini d'être sollicités si les conditions sont cracras) et de l'état de la banquise. C'est qu'au delà du débarquement des passagers, ce qui est urgent c'est de débarquer - encore me direz-vous ben oui, on est loin du compte – 340m³ de fuel.

 

 

 

 

Pack franchissableQuand le pack est cassé de cette façon, le bateau peut y évoluer (à vitesse réduite toutefois).

 

          Bonne nouvelle toutefois, la banquise casse chaque jour un peu plus. La mer n'est plus qu'à 35 km de la base, et ce sera autant de chemin en moins à faire pour les véhicules chargés de tracter les « bâches » remplies du carburant (à R0 la mer était à plus de 70km).

 

RiviereLes "rivières" lorsqu'elles sont importantes comme celle-ci, vont freiner la progression des convois qui ramènent le fuel du bateau vers la base.

 

 

     Ce grand chambardement à venir, l'éclatement de la TA64, est évidemment dans toutes les têtes.Piste Alors, pour profiter au mieux de mes derniers jours dans ce drôle de pays que je ne reverrai pas, je me suis incrusté dans quelques sorties. Par exemple hier il a fallu grimper jusqu'à D10, l'aéroport de DDU, pour réinstaller le mât de mesure du vent, essentiel en prévision des arrivées des prochains avions qui eux non plus ne tarderont pas. Au delà du travail en lui-même, la sortie a été l'occasion de pénétrer une dernière fois, de quelques kilomètres, sur le continent. La balade effectuée en Challenger (un gros véhicule qui sert pour les raids vers Concordia), tout en montée, serait vite ennuyeuse puisque, faut-il le rappeler, l'Antarctique est un grand désert blanc.

 

 

 

 

 

AerogareMais la pente étant bien raide, j'ai vite profité d'un paysage grand ouvert sur le chapelet des îles de « pointe géologie », et parmi elle « Pétrels » sur laquelle a été construite DDU. Un magnifique point de vue sur les îles donc, mais aussi sur les bergs qui semblaient tout petits, et au fond, tout au fond, sur la ligne bleue de la mer que je n'avais plus aperçu depuis près d'un an.

 

 

 

 

 

 

     Ils sont étranges ces sentiments mélangés: l'envie forte de la prendre, la mer, le besoin de "rentrer au pays" de passer à autre chose, mais aussi l'impression qu'on laissera ici un an de sa vie, cet univers unique, et puis les gens qui l'habitaient.

 Archipel pointe geologie 2Le "water-sky", cette bande bleu sombre au dessus de l'horizon, témoigne de la présence de la mer libre à quelques kilomètres de la base. Ce phénomène apparait par temps nuageux.

 

 

 

 

 

 

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